Nicaragua, six ans plus tard…

Vous avez lu le livre « Nicaragüenses – Portraits du Nicaragua » ? Le livre fait suite à un séjour réalisé en 2009. En février 2016, je suis revenue sur mes pas. L’objectif initial était d’offrir un exemplaire de mon livre aux personnes que j’avais photographié. Ce fut également un retour, une redécouverte du pays.

Vous trouverez ici des nouvelles de ceux que j’ai retrouvé, des nouvelles du Nicaragua, de ce qui change et de ce qui reste…

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Condega

Pendant le trajet de Managua à Condega, je me rend compte que j’ai perdu mes repères. Après 6 ans, ce n’est finalement pas si étonnant. A l’entrée du bus, il y a une poubelle, un signe positif, et qui se voit aussi sur le trajet. Si les détritus sont encore nombreux sur le bord des routes, la quantité a sensiblement diminué.

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Le parc central de Condega. Tout a été refait, les arrêts de bus ont été déplacés, les marchands ambulants ne sont plus là.

A Condega, je ne reconnais pas le parc central. Les pare-terres d’arbres et de végétation qui ombrageaient les allées et les bancs se sont transformés en un parc aménagé avec des allées au design travaillé avec des statues, des toilettes publiques payantes. Le parc semble plus grand, plus dégagé. Les tables et les chaises accueillent de nombreuses personnes avec leurs téléphones et leurs ordinateurs portables. Des prises électriques ont été accrochés aux troncs des arbres et une antenne délivre un wifi gratuit de bonne qualité. J’apprendrais bientôt que tous les parcs centraux des villes ont été refaits et proposent internet à tous. L’inconvénient principal est le manque d’ombre qui rend le séjour sur la place difficile pendant une bonne partie de la journée.

Des téléphones portables dans le parc central de Condega

Des prises électriques accrochées aux arbres

Candida me semble la même, les étoiles dans les yeux. « Chaque jour plus jeune » me dit-elle en plaisantant quand je lui demande des nouvelles. Elle prépare à manger pour toute la famille et je retrouve les saveurs qui m’ont tant manqué. Malgré mes essais, je n’ai pas réussi à reproduire une nourriture semblable à celle du Nicaragua. Si les ingrédients ne sont pas exactement les mêmes, l’atmosphère des lieux joue peut-être aussi son rôle…

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Les petits enfants de Candida sont toujours là, vacants à leurs occupations. Il y a 6 ans, ils étaient pour la plupart en dernière année d’école secondaire, un peu comme la terminale qui se passerait à 16 ans. Ils ont tous fait des études, ont été diplômés et cherchent du travail avec plus ou moins d’énergie. Citlali s’est mariée. La plus coquette de tous était avec son mari depuis plus de 6 ans. Malgré tout, elle se trouve jeune. Elle est enceinte de 3 mois.

Candida, Citlali et Surrey assises face à la maison
Candida, Citlali et Surrey assises face à la maison

Je n’ai pas revu Angel Gabriel, le pasteur évangéliste. Les membres de la famille de Candida ne vont plus a ses réunions deux fois par semaine. Il vient toujours à Condega, mais il est très occupé. On m’a dit qu’il s’était acheté une belle maison et que quelqu’un lui avait offert un un 4×4.

Je suis passée à l’IDCO, j’ai revu Aurélila, Victoria et Santos Maria. La vie suit sont cours avec des évolutions, des sourires et de l’enthousiasme.

Aurélila théâtralise une chanson en langue des signes pendant une fête municipale.
Aurélila théâtralise une chanson en langue des signes pendant une fête municipale.
Victoria, 2016
Victoria, 2016
La famille de Santos, 2016
La famille de Santos, 2016

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Aprodesa / El Sauce

Les membres de l’association d’experts agronomes Aprodesa qui m’avaient présenté les communautés d’El Sauce et les écoles de Managua m’ont accueilli avec chaleur. Leurs activités sont réduites au minimum. Depuis quelques années, Daniel Ortega demande aux financeurs extérieurs de passer par l’État afin de sélectionner les projets prioritaires pour le développement. Une grande partie des aides sont parties ailleurs. Les membres d’Aprodesa ont vendu leurs bureaux. Le travail continue, mais d’autres projets personnels s’ajoutent aux emplois du temps de chacun afin de continuer à payer les charges les plus importantes, notamment l’école privée des enfants.

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Quelques évolutions

Le Nicaragua a changé. Ce n’est pas flagrant, mais ce sont, je pense, des changements profonds. Il y a les voitures plus nombreuses. Si les voitures à cheval n’ont pas totalement disparues, elles sont beaucoup plus rares.

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Il y a les téléphones portables. Tout le monde semble avoir un smartphone pour se connecter à internet à partir du wifi gratuit du parc central. Cela donne un autre visage au pays. Il y a 6 ans, il y avait peu de signes de richesse dans la rue. Ces portables semblent en être un, même si les personnes les moins fortunées les achètent d’occasion sur le marché noir. La présence d’Iphones neufs m’interpelle.

Autre grand changement, c’est la présence des touristes dans le centre des villes. Je me souviens avoir été à Granada il y a 6 ans car, après quelques mois dans le pays, je ressentais le besoin de rencontrer quelques occidentaux. Les seuls que j’avais rencontré se trouvaient à Leon ou à Granada. Soit ils faisaient un tour d’Amérique Centrale, soit ils étaient bénévoles dans une ONG locale pour quelques mois. Aujourd’hui, à Esteli, il y a de nombreux touristes, et notamment des francophones. Quel côté étrange pour moi d’entendre parler français dans ces rues chaudes et bruyantes qui portaient une signification toute autre.

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Esteli

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Norma, ma professeur d’espagnol, voit son activité augmenter. Je suis allée la rencontrer une semaine où son école accueillait 10 étudiants !  La formule comprend logement, repas, une demi-journée de cours individuels ou en petit groupe par jours et découverte de projets alentours, le tout étant initialement géré par elle seule. Deux autres professeurs lui prêtent main forte quand elle en a besoin.

Le vie fourmille dans la maison de Norma avec tous les étudiants réunis
Le vie fourmille dans la maison de Norma avec tous les étudiants réunis

Norma continue à donner des cours du soir à des jeunes qui travaillent et qui ont quitté le système scolaire classique. Cela lui donne des journées très remplies. Sa fille Leslie entame sa dernière année d’étude de médecine, elle travaille dur. Helen, la fille qui était hébergée par Norma et dont la mère était partie au Costa Rica, a désormais 15 ans. Elle est mariée.

Je ne suis pas retournée à Chilisa, le quartier de tomas-tierras qui s’étaient installés il y a 7 ans, mais il parait qu’il ressemble aujourd’hui à un quartier classique d’Esteli, avec de belles maisons de parpaing peinte, « avec un côté presque riche » m’a-t-on dit…

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Managua

Le quartier Bolonia où j’avais passé mon temps en 2006 a bien changé. Ancien centre historique de Managua, il avait été détruit par un tremblement de terre en 1972. Les plus riches avaient reconstruits leurs habitations plus loin, le quartier était devenu plus pauvre et « dangereux ».

En l’espace de quelques années, l’avenue principale s’est transformée. Les vieux magasins ont été remplacé par d’autres bien plus « neufs », des boutiques ouvertes sur l’extérieur se sont installées sur les terrains vagues. En quelques mots, le quartier s’est refait une beauté.

Le terrain de sport s’est transformé en un gigantesque parc et complexe sportif ouvert, clôturé et surveillé par de nombreux gardiens. On y trouve de tout : des allées verdoyantes, des terrains de basket, de foot, de tennis, des jeux pour enfants, du wifi gratuit, etc. C’est à cet endroit que j’avais rencontré les trois enfants qui se chamaillaient, dont l’un vendait des cigarettes et des bonbons. Je ne risque plus de les rencontrer ici aujourd’hui.

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Sur les bords des routes, de nombreux « arbres de fer » ont poussé. Ce sont les arbres de  vie de Rosario Murillo, la femme du président nicaraguayen. Bleu, rose, jaune, rouge, rose, vert, blanc, ils sont partout. Ils transforment le paysage, mais aussi les images symboliques du Nicaragua en remplaçant la statue de Sandino dans l’imaginaire collectif. Malgré la question posée à de multiple personnes lors de mon séjour, personne ne les apprécie, d’autant qu’ils coûtent chers : 20 000$ pièce, le montant total de l’investissement n’est pas connu, mais beaucoup s’accordent pour dire que cet argent aurait pu être mieux utilisé. (cf : un article de Courrier International de décembre 2013 rédigé peu après l’installation des premiers arbres de vie.)

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Managua continue de s’étendre, de nouveaux quartiers de luxe, clôturés, se construisent aux abords de la ville.

C’est dans cette ville que j’ai retrouvé Nestor, ancien directeur du musée de Pétroglyphes de Chagüitillo (NB : son portrait n’est pas présent dans le livre, mais il l’était dans l’exposition « Portraits de Nicaraguayens »). Il ne travaille plus au musée, il gère désormais une petite boutique de café présente dans deux marchés de la ville.

Toujours passionné de culture indigène, il souhaite réaliser un documentaire photo et/ou vidéo sur les restes de la culture traditionnelle du Nicaragua avant qu’elle ne disparaisse. Il m’a donné de nombreux documents qu’il a réalisé et qui donnent une idée globale du travail nécessaire. Il est à la recherche d’un(e) coéquipier pour réaliser ce travail, et d’un peu de financement. L’idée me plaît beaucoup mais n’est pas compatible avec mon travail sur SideWays. Si cela intéresse l’un d’entre vous, le message est passé 🙂

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Je ne suis pas retournée au volcan Masaya, et pour cause, cinq des six volcans actifs du Nicaragua étaient en éruption ! Voici quelques photos de l’éruption du volcan Masaya en début d’année. (Crédit : CCC/ César Perez)

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Le retour sur mon voyage s’arrête là. Il y a de nombreux endroits où je ne suis pas retournée, de nombreuses personnes que je n’ai pas revu, mais le temps fait son oeuvre.

J’ai également ressenti le besoin de faire de nouvelles découvertes, de rencontrer de nouvelles personnes. C’est ainsi que je suis rentrée en contact avec les « Mujeres Constructoras » (femmes constructrices) de Condega qui réalisent des chantiers de construction de maisons en terre, la fondation « Sueños de la Campaña » à San Ramon dont l’objectif est de développer un travail émancipateur, ainsi que la fondation Tehpochtli, un projet de centre interculturel dans un village isolé de l’île d’Ometepe (lire l’article que j’ai rédigé sur ce projet)

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Le 17 mars 2016, mon avion décollait une nouvelle fois de Managua. Un temps clair m’a permis de traverser le Nicaragua d’ouest en est à travers le hublot en regardant les villes, la forêt, les montagnes puis la côté Caraïbes. C’était magnifique.

La suite à mon prochain voyage ? La vie le dira…

4 réflexions au sujet de « Nicaragua, six ans plus tard… »


  1. Après Ruth, j’ai parcouru rapidement ton texte, Hélène et j’y ai retrouvé nos propres observations du mois de novembre dernier. Je prépare actuellement notre foire aux livres qui a lieu les 15, 16 et 17 avril prochain. Nous y présenterons ton exposition de photos « Jovenes Nicaragüenses » et je pense y ajouter ton présent texte, qui rend plutôt optimiste, même si bien sûr, il reste beaucoup à faire au Nicaragua.
    Je dois aussi écrire à « Herman Van de Velde », docteur en pédagogie et professeur à l’université FAREM d’Esteli (et à l’UNAN Managua) et fondateur du site « www.abacoenred.com » (Aprendizajes Basados en Actitudes Cooperativas ») car il s’est montré d’accord pour organiser un atelier de réflexion/action à Chinandega, là où nous avons fait construire la « casa comunal San Cristobal » devenue coopérative multiservicios COMUCRIS, sur ce que peut être / doit être une coopération authentique. Je t’en reparlerai car je crois que c’est très important pour là bas mais aussi pour ici. Merci encore et amitiés à toi et à Benoît. Joseph


    1. Merci beaucoup pour ces nouvelles, et je suis heureuse que l’exposition sur les jeunes nicaraguayens continue sa vie à Bourg-Saint-Maurice !
      A très bientôt,


  2. C’est super de revoir des photos de là-bas, des personnes aussi .. 6 ans .. c’est beaucoup de changements .. contente de lire que tu as retrouvé tes amies .. le pays a évolué ..

    C’est super cet article avec des nouvelles … merci

    Beau travail et que du bonheur partagé

    Bizzzz

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