La Monstruosité du Canal (Lettre d’Ernesto Cardenal)

Cette lettre est une réponse d’Ernesto Cardenal à l’autorisation par le gouvernement de la construction d’un canal interocéanique qui traversera le Nicaragua en le coupant en deux. Le canal sera sous la coupe d’une entreprise chinoise dans un premier temps.

Les travaux devraient commencer en décembre 2014.

 

La Monstruosité du Canal

Nous devons informer le monde entier de ce qui se passe actuellement au Nicaragua.

Le président Daniel Ortega, avec le pouvoir omniscient qu’il possède, lui et sa femme, sur le pays, a fait approuvé par le Congrès National, en un seul jour, la création d’une loi pour la construction d’un canal interocéanique. La population n’a absolument pas été consultée. Le jour suivant de l’approbation de la loi, fut accordée à une vitesse prodigieuse une concession, et ce malgré le fait qu’elle affectera le pays pour plus de cent ans, et la concession a été accordé à un chinois jusqu’alors inconnu et qui porte le nom de Wang Jing. Cette concession ne lui accorde que des droits, sans lui imposer aucune obligation.

La concession s’est faite sans aucune étude préalable selon ce qu’à dit le Président Ortega lui-même.

La concession établit toutes les informations sur la construction du canal interocéanique.

La concession, fait sans aucun appel d’offre, inclut un aéroport, deux ports, un train et deux zones franche de libre commerce.

Toute la géographie nationale a été remise en cause pour que ces ouvrages puissent se réaliser où Wang Juing voudra et il aura tous les permis nécessaires pour n’importe laquelle de ses décisions. Il aura tous les permis, licences et autorisations qu’il demande.

L’État du Nicaragua ne recevra pas un centime par l’intermédiaire des impôts ou des frais de ces travaux.

Selon l’accord qui a été signé, l’entreprise chinoise ne sera pas sous la juridiction nationale, elle sera libre de toute responsabilité administrative, civile ou pénale, et ce, même si elle n’accomplit pas ses obligations.

Cette loi est en contradiction avec de nombreux aspects de notre Constitution Républicaine.

Elle contredit également d’autres projets qui sont parfois plus rentables à long terme que de couper en deux le couloir touristique du Pacifique.

Le célèbre Centre Humboldt a déclaré que la construction du Canal et ses Projets Associés sont la plus grande menace à l’environnement que le pays à connu dans son histoire. Il dénonce également le fait que cette concession exempt tous les Projets Associés du respect de la législation environnementale, exposant le pays à une destruction écologique irréversible.

L’État du Nicaragua recevra 1 % des actions chaque année, jusqu’à posséder 100 % de celle-ci dans 100 ans.

Avec chaque bateau qui passera, une énorme quantité d’eau douce passera dans la mer.

Le Grand Lac n’aura plus qu’une seule utilité : la navigation. Nous ne pourrons plus produire d’aliments en utilisant cette eau pour l’irrigation, nous pourrons seulement regarder passer les bateaux.

Nous ne pourrons plus boire de l’eau du lac. Il faut également prendre en compte les nombreuses personnes qui vivent de la pêche de ce lac et qui ne le pourront plus.

Toutes nos eaux, superficielles et souterraines, seront livrées à un chinois.

Les propriétaires des terres qui seront expropriés, ce chinois les payera au prix du cadastre et non pas du marché.

36 villes seront affectés par la perte du canal et beaucoup plus de villages.

Les Isletas de Granada vont disparaître, les écluses vont augmenter le niveau de l’eau du lac de 2 mètres.

C’est ce panorama de terreur que le président Daniel Ortega a appelé la « Terre Promise ».

De nombreux experts assurent que le Nicaragua gagnerait plus à vendre de l’eau potable qu’avec les recettes d’un canal qui sera le sien dans 100 ans.

Avec ce canal, le pays sera divisé en deux, le Nicaragua du Nord et celui du Sud, comme il y a eu deux Allemagne et comme il y a deux Corée. Il y aura deux populations d’animaux distincts (à l’exception de ceux qui pourront voler) qui seront de plus en plus différentes avec le temps, ce qui portera préjudice à notre biodiversité.

Solentiname a été déclaré Monument National, mais sans le lac, il n’y aura plus de Solentiname. Une personne de là-bas a dit : « Je vais manger beaucoup de poissons, parce que bientôt, il n’y aura plus que les poissons en conserve des chinois ».

Avec ce canal, le lac Nicaragua, qui est pour nous une grande bénédiction de Dieu, se convertira en une malédiction.

En finir avec le Lac Nicaragua serait le plus grande crime de l’histoire de notre pays, et Ortega deviendrait un personnage plus abominable encore de William Walker.

Ernesto Cardenal, écrivain et poète.

Cet article est une traduction de l’article original d’Ernesto Cardenal paru dans La Prensa le 1er novembre 2014 :
http://www.laprensa.com.ni/2014/11/01/columna-del-dia/216594-dla-monstruosidad-del-canal

Image : Ernesto Cardenal, photographe inconnu.

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